Interview  de Mr Henri  ITIER, Président de la Fédération Française de la Course Camarguaise

 

            décembre 2010

 

                    Après une saison que tout le monde s’accorde à dire qu’elle fut catastrophique, nous avons été de ceux qui dénoncent le règlement actuel, véritable machine à tuer des taureaux, et qui après la désertion des arènes par des milliers de spectateurs aient décidé de poser les questions pour faire évoluer les choses positivement.

Avant de donner la parole à d’autres parties prenantes de la course camarguaise, nous avons voulu savoir où en été la réflexion entreprise par la FFCC avec d’autres représentants, manadiers, raseteurs, clubs taurins, organisateurs privés etc.…

Henri Itier nous a reçu et livré l’état des pourparlers, les avancées et les insuffisances.

 

            Mr le Président, merci de nous recevoir, après une saison très inquiétante qui a vu le nombre de spectateurs fondre, ennuyeuse, quelle est votre analyse et que proposez-vous ?

 

H. Itier-  Mon ressenti, car je suis sur les gradins et j’entends ce qui se dit, est qu’on ne va pas en gagnant et la preuve en est les 25 000 spectateurs de moins enregistrés cette saison qui ont entrainé 94 courses de moins programmées l’an prochain. Et ce sont les organisateurs qui l’ont décidé (problèmes financiers) et pas la Fédé qui l’a imposé.

Le constat, c’est aussi des raseteurs qui ne sont pas assez responsables de la qualité du spectacle.

Partant de là, nous avons fait trois réunions du bureau que nous avons élargies à toutes les composantes de la course camarguaise. Avant d’aller dans le détail, je suis heureux de constater qu’autour de la table il y a eu une véritable envie de sortir de cette impasse.

Certaines personnes ont enfin compris que le système de compétition dans lequel nous sommes a fait son temps, c’est fini car cette compétition prend le pas sur la qualité du spectacle. Aujourd’hui, le système encourage les raseteurs à mal travaillé pour faire des points et pouvoir rentrer le dimanche suivant.

Pour casser ça, plusieurs pistes. D’abord plus d’équité et pour cela nous avons retenu le principe de comptabiliser les points des 30 meilleures courses pour les As (50 pour l’avenir).

Equité, mais aussi on peut penser que les courses de semaine seront rasetées dans un meilleur esprit (coefficient ½).Cette mesure a été votée en comité directeur.

Le deuxième  point concerne l’affiche. J’étais de ceux qui préconisaient l’affiche pure et dure. Pourquoi ? Eh bien on a cru naïvement qu’en permettant à des raseteurs non invités de rentrer, ils allaient se faire remarquer pour essayer de gagner des invitations. Hélas on a vu qu’il n’en a rien été et que les rentrants n’apportent rien.

Devant les remarques et insistance des raseteurs et du trophée taurin, nous avons décidé de passer à l’affiche mais avec possibilité d’un rentrant (pour éviter qu’un premier au classement ne se fasse interdire de courses). Donc, l’organisateur ayant les pleins pouvoirs, il n’y a plus de maximum en matière de nombre de raseteurs, par contre le minimum reste.

Cet entrant, nous a permis également de supprimer le groupe II. Il n’y aura donc que des courses aux As et des courses à l’Avenir. Ceci devrait permettre aux raseteurs qui ne peuvent gagner le trophée des As et qui sont trop « vieux » pour gagner celui de l’avenir, de raseter dans meilleur état d’esprit.

 

 – Un raseteur aux As, ex groupe II,  qui ne fait que des courses de moindre importance, face à des taureaux qui ne sont pas les plus difficiles, peut gagner le trophée des As !

 

H I – Effectivement ! Et c’est pour cela que nous allons maintenant aller plus loin, et ce dès la prochaine réunion. Il faut attribuer des points de bonification aux raseteurs qui seront invités dans des arènes et des courses difficiles. Ce ne se fera pas en classant les taureaux, les manadiers s’y opposent, mais plutôt en fonction des arènes et encore que c’est très compliqué. Il faut aller plus loin dans notre réflexion.

 

- Ces points, qui ne sont pas de détail, quand vont-ils être débattus et votés ?

H.I- Dès la prochaine réunion du comité directeur.

- Les « petites » arènes et les « petits clubs taurins, ne vont-ils pas se sentir oubliés ?

H.I- Il faut enfin que chacun reste à sa place, petits CT et petites arènes ont leur rôle de détection à jouer, un rôle irremplaçable. Ils n’ont pas vocation à organiser de grandes courses aux As.

- Malgré toutes ces réformes, qui restent à affiner, limitation du nombre de courses, affiche, suppression du groupe II, rien ne permet de penser que demain les ficelles vont être plus travaillées que cette saison écoulée. Allez-vous modifier la valeur en point de chaque attribut ? Un point de différence entre une cocarde et une ficelle est-ce suffisant ?

H.I – La question reste en suspens, nous avançons petit à petit et nous espérons que les mesures déjà prises aideront à ce que chacun se responsabilise. Demain, le raseteur qui voudra être invité, devra faire la preuve de son respect pour le spectacle qu’il doit assuré, donc travailler les ficelles. Mais ceci dit, il faudra certainement que nous revalorisions les ficelles.

 

- Pourtant, cette saison une arène se démarque et fourni du bon spectacle : Le Grau du Roi.

Pourquoi d’après toi ?

H.I- D’abord, les plateaux sont bien montés, mais surtout D Siméon est un organisateur responsable, un vrai professionnel. Et c’est certainement ce qui manque à d’autres arènes.

Si les raseteurs sont dans un état d’esprit particulier au Grau du Roi, c’est parce que quelqu’un y veille, et se donne les moyens de l’imposer.

 

- Pour revenir à la réglementation, tout ceci est-il suffisant pour faire évoluer les mentalités ?

H.I- Je pense que nous avons fait un pas important, il faut préciser certain points comme nous l’avons vu tout à l’heure et surtout voir en pratique ce que cela va donner.

Pour être complet, il y a un autre domaine dans lequel il faut intervenir, ce sont les écoles taurines.

Elles ont le mérite d’exister, elles jouent un rôle essentiel car ce sont elles qui mènent les jeunes aux taureaux, mais il faut maintenant les structurer avec un encadrement compétent, donner un contenu à leur formation et voir comment apporter un peu plus de passion à leurs élèves. Mais l’école ne reste qu’un tremplin, l’essentiel c’est le jeune lui-même qui l’a dans le cœur et dans les trippes.

 

- Alors confiant pour la saison à venir ?

H.I- Il faut attendre et voir comment vont réagir les uns et les autres par rapport à ces changement, mais je suis optimiste car j’ai ressenti autour de moi une véritable volonté d’avancer.

 

                        Comme on le voit, les choses bougent. Suffisamment  pour que la saison 2011 retrouve un peu du lustre perdu ?

Avant de la vivre, nous allons poser la question à un certain nombre d’acteurs de la course camarguaise. Vous pourrez lire leurs réponses dans nos prochaines pages du vendredi.

Merci à Henri Itier de nous avoir reçu et  fait un point précis de l’état d’avancement des pourparlers et négociations qui n’ont pas du être très faciles à mener.

 

 

                                         Emile  Grande

 

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